Interview de Jean-Philippe Grail, gérant de Stefany Emballages Services

Stefany Emballages Services, développe et fabrique des emballages industriels, cosmétiques, alimentaires, ou pharmacopées : gaines, films, sacs, sachets, housses, coiffes, feuilles, formats – avec ou sans impression – en privilégiant les économies de matière, la recyclabilité, la biodégradabilité.

Jean-Philippe Grail, gérant de Stefany Emballages Services, pouvez-vous nous décrire votre parcours et votre société ?

La société a été fondée par mon père en 1988 et faisait du négoce d’emballages souples. Je l’ai rejoints en 1994 après un bac pro. La clientèle principale était le prêt à porter (PAP) et les Pressing. Suite à l’arrivée des discounters, les pressing indépendant ont périclités et le PAP a délocalisé au Maghreb. Nous nous sommes donc orienté sur les marchés hospitaliers et avons développé une gamme spécifique pour eux pour couvrir tous les services : blanchisseries, cuisines, laboratoires, urgences, pharmacies, magasins… Nous avons aussi commencé à fournir les thermes et thalassos.

Nous sommes devenus fabricants en 2003 afin de fournir aux Hôpitaux des sacs pour la collecte, le transport et le lavage sécurisé du linge contaminé et des sacs pour le transport sécurisé des prélèvements biologiques – sacs qui étaient importés des Etats Unis et d’Angleterre.

Par la suite nous avons continué d’investir y compris pendant la crise.

Nous avons aussi relancé une campagne d’investissement en 2017 afin de proposer des emballages conformes à la loi sur la transition énergétique française qui interdit les films de routage et les sacs à usage unique non biocompostables.

Nous avons aussi réalisé 2 opérations de croissance externe.

Nous sommes passés de 3 salariés en 2002 à plus de 50 personnes à ce jour sur 2 sites de production et avons 21 extrudeuses dont 2 de laboratoires, 1 co-extrudeuse 3 couches, 2 imprimeuses, 12 soudeuses et 3 lignes de régénération (recyclage).

Nous fabriquons des emballages en polyéthylène mais aussi en matériaux biocompostables (depuis 2007). Nous proposons aussi des matières biosourcés (depuis 2015) et développons nos gammes de produits en recyclés (depuis 2017).

Nous sommes certifiés TUV sur les emballages biocompostables et avons 4 certifications (ISO 9001 depuis 2011, ISO 14001 depuis 2012 et ISO 15378 et NF EN 15593 depuis 2013)

Selon vous, quels sont les grands enjeux du packaging dans les années à venir ?

La problématique d’aujourd’hui est le déchet et la pollution ! Il faut que tout le monde se remette en question et d’urgence. Et surtout qu’on arrête le green washing et les fausses bonnes idées.

On ne peut pas tout passer en cartons ou en papier comme l’imagine certains. Il faut bien étudier les ACV et le bilan carbone. Il est aussi utopique de penser que l’on arrivera à recycler tous ces emballages du moins avant des années.

Quant à la consigne qui a été abandonnée il y a quelques décennies elle ne reviendra pas dans les mœurs de suite. D’autre part les Gouvernements et notamment le Gouvernement Français doivent prendre de vraies mesures. Il a 10 ans les Marchés Publics nous demandaient d’être ISO 14001 mais continuaient a commander via des importateurs qui se servaient en Chine ! (Ca n’a pas changé à ce jour).

La loi sur la transition énergétique tout comme la réglementation sur les déchets organiques ne sont pas respectées puisque non contrôlées car le Gouvernement n’a mandaté personne.

Enfin dans la nature, ils se retrouvent des sacs papiers, des boites de conserves, des bouteilles en verre etc… Donc aucune solution n’est idéale. La moins pire est donc l’emballage qui est biodégradable.

Quelles initiatives packaging ou « non emballages » vous semblent les plus pertinentes actuellement ?

Les emballages plastiques ou bioplastiques sont les seuls emballages qui subissent des tests de migrations. Pour des questions d’hygiène et de sécurité alimentaire, il faut donc les privilégier par rapport aux emballages en cartons ou papier où des scandales de migration des encres sont connus depuis des années.

Les sacs en papier sont un faux ami car on pense à tort qu’ils sont compostables mais mettre un sac en papier non compostable dans du compost va dégrader celui-ci. Sans compter le volume qu’occupe un sac en papier !

D’autre part, les sacs papier avec fenêtre plastique sont aussi un réel problème. Quid de leur recyclage ? Tout comme les gros sacs cabas vendus en GMS.

Le vrac ne me semble pas une bonne idée. Tout d’abord les produits arrivent emballées, sont mis dans des distributeurs bien souvent plastique (qu’il faudra changer et que faire du vieux distributeur) puis mit dans des sacs ou des contenants qu’il faut laver (quid de la surconsommation d’eau).

Les bouteilles en verre ne sont pas plus écologiques et le verre est dangereux car il se retrouve cassé dans la nature. On ne connait pas non plus sa durée de biodégration .

Les sacs réutilisables en 50 microns sont devenus aussi une aberration. Tout d’abord la plupart sont fabriqué en Asie en matière recyclée donc non apte au contact alimentaire. Ils remplacent des sacs qui étaient en 10 microns env. donc 5 fois moins épais. Ils sont bien souvent réutiliser comme sacs poubelles – ce qui étaient aussi fait « avant ».  Certains sacs sont « vendus » comme réutilisables alors que de part leur fonction ils ne peuvent pas l’être (sacs à pain tranchés, sacs sandwich, cônes à fleurs).

Sans parler des sacs en coton et de leur problème liés à leur fabrication !

En conclusion, je pense que :

  • Il faut qu’on arrête de penser « économie » et qu’on pense « écologie » – Faire des produits bio et les emballer dans un emballage non biocompostables est un non sens.
  • Le GreenWashing décridibilise tout le monde
  • Aucun emballage n’est idéal
  • Nous pourrions généraliser des composteurs collectifs comme certaines communes mettent en place. Ainsi les emballages peuvent être compostés avec les déchets organiques. Pour ce faire il faut que le maximum d’emballages qui arrivent chez le consommateur qui soient biocompostables. La généralisation des emballages biocompostables et la mise en place rapide composteur permettrait d’attendre et de palier au manque de capacités et de moyens de tris pour le recyclage en France. Une fois le recyclage mis en place et approuvé par tous, on aura donc beaucoup d’alternatives et de solutions. En plus, les emballages biocompostables sont aussi recyclables !

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